J’ai toujours été fan des X-men. Depuis le premier dessin animé diffusé dans ma jeunesse, celui où Wolverine était encore appelé Serval. Au fil du temps j’ai lu beaucoup de comics : ma collection est surtout composée de X-men (et de Deadpool).
Quand j’ai recommencé à lire ma collection à partir du plus ancien, je me suis posé plein des questions. Ça n’a jamais été un secret, les aventures des X-men sont le reflet d’une société à une époque donnée. Quand est-il des personnages ?
Penchons-nous sur Tornade.
Tornade/Storm
Tornade fait partie de mes personnages favoris : elle est belle, elle est puissante, elle est charismatique. Maintenant que je suis adulte (sisi), je l’ai vu différemment et j’ai eu envie de me pencher sur la représentation des femmes noires dans le monde des superhéros.
Plusieurs choses m’ont frappée. D’abord, quand j’ai commencé à y réfléchir, le nombre de noms qui m’est venu se tient sur… un index. Tornade. Voilà le seul.
Puis j’ai commencé à faire des recherches et j’ai été très déçue. Parce que les seuls articles que j’ai trouvés concernaient des superhéros noirs ! Les hommes ont longtemps dominé cet univers, et sans doute qu’ils le dominent toujours, mais de là à tomber sur des listes de noms d’hommes alors que je cherchais des femmes ? C’était décevant. Très décevant.
Les superhéroïnes noires ne sont donc pas légion. Elles sont plus présentes dans le monde du cinéma, et encore… Au moment où j’écris cet article, j’en compte sept : Tornade, Catwoman (toutes deux jouées par Hale Berry), Monica Rambeau (Wandavision), Misty Knight (Luke Cage) et trois autres dans le même film : Shuri, Okoyé et Ruri dans Wakanda Forever. Ça fait pas beaucoup.
Parlons de Tornade, parce que c’est celle que je connais le mieux et, accessoirement, l’un des meilleurs X-mens !
Tornade est née aux États-Unis. Très jeunes, ses parents l'emmènent en Égypte, où ils meurent suite à un accident. C’est de là que vient la claustrophobie de Tornade : elle se retrouve enterrée sous le corps sans vie de sa mère. Il y a de quoi être traumatisée. Ensuite, elle vivra au Caire comme enfant voleuse. Puis, poussée par son instinct, elle se rend au Kenya. Son pouvoir sur les éléments, si puissant, lui a permis d’y obtenir le statut de Déesse et même de croire en être une. Jusqu’à ce que le Pr Xavier vienne la chercher pour l’adjoindre aux X-men lors de la résurrection de la série dans le milieu des années 70.
Lorsqu’elle apparait pour la première fois en tant que membre des X-mens, Tornade est jeune. Et pourtant déjà sexualisée.
Les traits de Tornade sont dépourvus des stéréotypes que l’on donnait aux personnes noires à l’époque, comme le comics le dit lui-même. Je suis mal placée pour donner une opinion à ce sujet : est-ce bien parce que les dessinateurs ont évité de tomber dans la caricature ? Ou est-ce mal parce que cela occidentalise ses traits afin de la faire entrer dans les critères de beauté de l'époque?
Ça, c’est l’image de sa première apparition. Une femme quasiment nue nous la pluie, dotée d’une couronne. Une apparence associée à l’époque à la sauvagerie des pays d’Afrique et à leur manque de développement
Puis, elle obtient son costume.
Même si le dessinateur ne lui donne pas des formes particulièrement généreuses, il l’habille d’une façon des plus étonnante : un trikini assorti de voiles en tissu, d’une couronne et de cuissardes. Les voiles sont là pour donner du mouvement lorsqu’elle évolue dans les airs (du moins je crois). Toutefois, est-il nécessaire de porter un maillot de bain pour déclencher une tornade ? J’en doute. À cela s’ajoute une chevelure généreuse qui vole autour de son visage telle une véritable crinière.
Cette façon de sexualiser l’héroïne noire, on la retrouve également dans le film Catwoman. Hale Berry a droit à un soutien-gorge et un pantalon de cuir… est-il besoin de préciser que ce costume a été conçu pour les yeux des hommes et non le confort de l’héroïne ?
Les autres versions de Catwoman, celles portées par des femmes blanches, sont elles aussi sexualisées. Pour autant, elles ne sont pas dénudées. Pas même dans les comics ! (Du moins parmi tous ceux que j'ai lu. Et il y en a beaucoup).
Tout cela ramène au premier stéréotype dont Tornade est victime : l’exotisme et l’hypersexualisation de la femme noire. S’ajoute à cela un caractère empathique, une claustrophobie, un caractère battant, mais facilement abattu, une certaine réactivité et de puissants pouvoirs qui n’en sont alors qu’à leurs prémices.
Au fil des ans, Tornade vieillit et évolue. Elle devient une femme forte, et même dure. Elle traverse des épreuves personnelles, comme lorsque l’invention de l’homme qu’elle aime, Forge, la prive accidentellement de ses pouvoirs, ou quand elle essaye sans succès de mettre fin au massacre des Morlocks (dont elle est alors le leader). Tornade s’endurcit, donc. Son apparence évolue en conséquence. Fini le trikini, place au look total cuir noir et à la crête iroquoise. Elle reçoit d’ailleurs, avec humour, quelques remarques à ce sujet. Elle n’est désormais plus une femme-objet. Plus totalement, du moins.
Les auteurs évitent également un écueil qui aurait été trop facile : bien qu’étant désormais en position de pouvoir, sa vie amoureuse continue, bien qu’en filigrane et rarement avec succès.
Est-ce cette nouvelle dureté qui lui permet de devenir la cheffe des X-men lorsque Cyclope quitte son poste ? Je ne sais pas. C’est en tout cas, me semble-t-il, une énorme avancée dans l’histoire des superhéroïnes noires : une femme noire cheffe d’une puissante équipe ! Et pourtant, Wolverine en fait partie. C’est même Tornade, et personne d’autre, qui décide qu’il doit prendre sa place, et uniquement le temps qu’elle mène une quête solitaire.
En ce qui me concerne, j’aime cette évolution. Voir une femme noire dans une position dominante est particulièrement appréciable. Toutefois, il ne faut pas oublier les biais racistes : la force de ces femmes est « souvent utilisée pour minimiser ou ignorer les vulnérabilités et les émotions des femmes noires. Cette perception peut les pousser à dissimuler leurs souffrances ou à se sentir obligées d’endosser constamment un rôle de pilier pour leur entourage, au détriment de leur propre bien-être. Cf.source en fin d'article ». Et c’est justement ce qui se passe ici.
En effet, Tornade perd l’amour de sa vie (du moins à ce stade de développement), car elle ne peut quitter son rôle de leader, alors que Cyclope, dans la même situation, soit quitte son rôle de chef (quand il épouse Madelyn) soit travaille avec sa femme (quand il est marié à Jean Grey). Il semble donc que Tornade doive sacrifier sa vie privée au profit de sa vie de superhéroïne quand d’autres personnages, blancs et masculins, font le choix inverse.
De plus, il est rare de voir Tornade sourire et encore plus rare de la voir faire de l’humour. C’est une femme sombre de caractère, qui ne quitte jamais son sérieux et, finalement, ne profite pas de la vie au-delà de son rôle de X-woman.
Puis par un enchainement d’évènements trop compliqué à développer, Tornade rajeunie. Puis redeviens adulte. Avec des cheveux courts. Durant tout ce temps, même à l’état d’enfant, elle ne perd pas son caractère de leader.
Cette invulnérabilité apparente de Tornade s’ajoute à un autre élément souvent présent : son pouvoir est dès le début lié à son humeur : ainsi, le grand soleil ou les pires tempêtes sont la conséquence de ses tourments intérieurs. On peut le voir succinctement dans l’un des films, sans aucune mesure avec ce qui peut se passer dans les comics.
Là encore, il s’agit d’un biais raciste (les femmes noires sont caractérielles), mais aussi sexiste (les femmes ne peuvent pas contrôler leurs émotions) qui entraine une réaction d’incompréhension et de négativité de la part de son entourage. Lorsque Wolverine fait de même, il est taxé de machisme, et ça passe par-dessus la tête de ses amis. Pas avec Tornade.
En 2000 sors le 1er film des X-men. Wolverine en est au centre, et Tornade est… transparente. Elle est là, oui, mais prononce peu de phrases et utilise tout aussi peu ses pouvoirs. Même si elle est plus utile dans les films suivants, à aucun moment la version cinéma n’est à la hauteur de la version dessinée.
Bien plus tard et après moult péripéties, Tornade retrouve T’challa, Black Panther, qui deviendra son époux.
Ce qui est appréciable dans ce mariage, c’est que les auteurs ont maintenu les idéaux et les allégeances de chacun des époux. C’est d’ailleurs ce qui les sépare lors des évènements de Civil War (où les superhéros du monde entier sont divisés). Ainsi, elle ne se perds pas dans sa relation amoureuse et reste fidèle à elle-même.
rès récemment (tellement que ça a été annoncé il y a quelques semaines), Tornade hérite d’une nouvelle tenue : une armure, cette fois-ci. Inspirée, dixit le créateur, des Dora Milaje (qu’on connait bien grâce aux films Black Panther) elle représente à la fois la personnalité turbulente de Tornade et son lien avec le Wakanda.
Pour la première fois, sa nouvelle tenue est dépourvue de sexualisation. L’armure est celle d’une guerrière, taillée pour le combat et non pour les yeux des hommes. Disparue le trikini ou même les entailles dans le costume laissant paraitre la peau : place à une armure enveloppante qui, contrairement à tous les catsuits qu’elle a pu porter, ne donne pas l’impression qu’elle est nue. Elle continue à porter cette couronne qui ne l’a que peu quittée au cours des ans. Seule sa chevelure lui donne un air sauvage, indomptable, en adéquation avec son caractère, mais, peut-être, en lien avec ses origines africaines et aux stéréotypes dont nous avons déjà parlé.
Je pense notamment au stéréotype de la sorcière… Quand le 1er dessin animé des X-men est produit, en 1992, beaucoup de changements ont été apportés à tous els personnages et à l’histoire de fond. En ce qui concerne Tornade, il lui a été ajouté un côté sorcière, mystique, qu’elle n’a pas dans les comics. Comment ? En lui faisant prononcer des incantations lorsqu’elle utilise ses pouvoirs. Ce qu’elle ne fait JAMAIS dans les comics. Est-ce pour faire comprendre ce qu’il se passe aux spectateurs (que l’on croit alors stupide ?) ou parce qu’elle n’était pas suffisamment magique aux yeux des producteurs ?
Tornade est donc un personnage qui a beaucoup évolué. Dans son caractère, elle est devenue plus dure, plus charismatique, plus imposante. Dans son pouvoir, qui devient de plus en plus puissant. Dans son rôle, qui passe de membre des X-men à cheffe et même, durant un temps, à reine du Wakanda. Dans sa représentation, d’abord hypersexualisée, pour devenir l’image même de la force guerrière.
Sources : X-Men : Marvel dévoile la nouvelle armure de Tornade Les idées reçues sur les femmes noires et métisses , moi-même